La steppe désertique des Monegros héberge la plus grande biodiversité d’Europe dans un grandiose décor africain. Depuis le petit Sirli de Dupont jusqu’à la grande outarde en passant par les migrateurs africains et les oiseaux steppiques, une énorme variété d’espèces peut y être observée.

Avec  ses 276.500 hectares, les Monegros constituent la plus vaste steppe désertique d’Europe. Cet habitat, unique en Europe, présente la plus grande biodiversité du continent (évaluée à 5.400 différentes  espèces) ; un grand nombre des espèces présentes est endémique et chaque année de nouvelles espèces y sont encore découvertes.  Le manque d’eau et un ensoleillement excessif sont les deux principaux facteurs qui imposent leur loi, implacable, obligeant végétaux et animaux à s’adapter sérieusement pour survivre ; obligation d’économiser l’eau, bien précieux et rare : telle est la loi. Et c’est avec raison que la population locale considère les Monegros comme « un bout d’Afrique en Europe ».

Cependant, cet impressionnant paysage est en grande partie du à la conséquence de l’action humaine tout au long de millénaires. Ibères, Romains, Visigoths, Arabes sont autant de civilisations qui s’y sont succédé et qui y ont imprimé leur trace ; de nombreux gisements archéologiques en témoignent.

Actuellement, ce paysage très singulier est composé par une mosaïque de steppes, salines, ravines, lagunes, collines et champs de blé. Souvent, les seuls arbres présents sur des milliers d’hectares sont des genévriers thurifères complètement isolés ; et les aigles royaux trouvent le moyen d’y nicher, là, sur cet arbre solitaire dans un océan minéral et aride.

Le fleuve Ebro traverse cet aride paysage sans vouloir perdre une goutte de son précieux liquide : ses étroites berges se heurtent sans transition avec les vastes et sèches étendues de gypse. Quelques rares mares dispersées, très prisées par les bergers et leurs troupeaux, représentent de véritables oasis pour la faune sauvage.

Cependant, la richesse en oiseaux de la région est exceptionnelle : 308 espèces d’oiseaux (Kees, Woutersen & Maarteen Platteeuw, 1998) y sont présentes, desquelles 141 (J.L. Tella y D. Serrano, 1999) y nichent.

Zone d’hivernage pour les oiseaux nichant dans le nord de l’Europe, zone de reproduction pour un grand nombre d’oiseaux en provenance d’Afrique, zone de transition des grandes migrations entre l’Europe et l’Afrique à travers le détroit de Gibraltar, mais aussi et surtout, habitat permanent des oiseaux de la steppe : les Monegros sont une région privilégiée pour la faune aviaire et un paradis pour les ornithologues. La présence de 5 zones de protection spéciale (ZPS) de la directive oiseaux européenne en prouve son importance.

Même si  l’espèce la plus notoire de cette région est la grande outarde, imposante par sa grande taille (c’est l’oiseau le plus lourd capable de voler !), la vraie vedette est le petit Sirli de Dupont dont l’aire de distribution est réduite à cette seule région de l’Europe et un mince territoire dans le Maghreb.

La région que nous visitons est riche en vestiges qui témoignent du large éventail de civilisations qui s’y sont succédé. Les plus renommés sont :

  • Le village pré-ibérique de Cabezo de Alcalà (550 ac) qui a conservé la base de ses maisons, de ses temples, de ses thermes, ses tombes et sa desserte de rues.
  • Le gisement romain (44 ac), qui présente un ensemble de voies urbaines, restes de maisons et de villas, une nécropole, un port fluvial.
  • La ville de Celsa, fondée par les arabes (entre 750 et 800 pc) lors de leur occupation de la péninsule, qui conserve encore des constructions (tours, rues, systèmes d’irrigation) de cette époque.
  • Le monastère de Rueda, monastère cistercien dont les travaux de construction débutèrent en 1202 et se poursuivirent jusqu’au XV siècle. On peut certes visiter le cloître et ses dépendances, mais aussi le palais de l’abbé, les bâtiments agricoles et son système d’irrigation qui présente une des plus grandes norias d’Europe.

Soulignons aussi que la région est jalonnée de nombreuses traces de la guerre civile (1936- 1939) : tranchées, fortins, bunkers. On peut visiter le complexe défensif (restauré) dans lequel lutta prés d’un an l’écrivain britannique George Orwell.

En ce qui concerne la gastronomie, l’agneau des Monégros jouit d’une exceptionnelle réputation très justement acquise : petites pattes d’agneau en gélatine, ou agneau à la sauce aux amandes, braisé ou au four, il se décline en d’innombrables recettes. La basse-cour, la chasse et les dérivés du cochon sont à la base de nombreuses recettes dans lesquelles sont utilisés toute une gamme de produits régionaux d’excellente qualité, tels l’huile d’olive, le miel, les fromages ainsi que des produits du potager.

Notre séjour dans les Monegros